La major dame

Chère élève d’une certaine classe,

Même si cette année marque un tournant dans ma vie, il est rassurant de constater qu’en dépit du changement d’établissement, certaines choses demeurent immuables : les conversations autour de la photocopieuse qui fonctionne mal, les changements d’emploi du temps qui ne sont pas du goût de tout le monde, la chaleur qui règne dans les salles et certains élèves dont on se serait bien passé.

Au début du mois tu as pris connaissance du contrat que je remets à tous mes élèves; ce document, qui doit être signé par tes parents, explique le fonctionnement et la conduite à tenir dans ma salle. C’est alors que tu me signales pouvoir te passer de leur autorité vu que tu es majeure mais comme je te le fais remarquer très justement, faute d’indépendance financière et logistique, tes 18 ans ne sont qu’un lointain mirage sur la route de ton émancipation.

Les choses ne se sont pas arrangées lorsque j’ai fait l’appel. Cependant pour ma défense, ayant plus de 120 élèves, je ne peux me souvenir de toutes les nuances de prononciation de chacun de leur prénom. Entre ceux résultant de la mixité fusionnelle des prénoms de papa-maman et ceux issus de séries télé étrangères à orthographe phonétique, j’ai tendance à me perdre.

Qu’à cela ne tienne ! Tu penses tenir ta revanche en découvrant que je suis « WW » et t’imagines déjà me faire palpiter au rythme de tes humeurs : tu me toises quand je te demande de jeter ton chewing-gum et de fermer ta bouche quand je parle, tu m’ordonnes de me sortir devant le tableau pour que tu copies le cours et tu cries au scandale quand je t’intime de t’asseoir même si l’on vient de sonner.

Il serait bon que je me penche sur ce postulat qui veut que dans une classe à majorité de garçons, tu éprouves systématiquement le besoin de t’imposer face à une prof femme mais j’ai des méthodes de travail plus intéressantes à mettre en place. Dans la vie il y a les choses (harmonie, cohésion, amour des maths, respect…) qui font consensus et celles, comme ton besoin d’exister, qui font qu’on s’en branle.

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