De battre ma bouche s’est arrêtée

Cher élève d’une certaine classe,
Il y a sept mois de cela, j’ai poussé. Prenant une inspiration profonde et la main de mon mari, j’ai contracté tous mes muscles pour donner naissance à mon deuxième enfant. Une petite merveille qui ne cesse de me surprendre et qui me comble de joie. La grossesse n’a pas été de tout repos, les suites de couches non plus mais avec l’aide de mes proches, je suis arrivée à gérer. J’ai donc repris le travail hyper motivée, pas très reposée mais prête à donner le meilleur pour cette année encore.
Il y a un mois de cela, j’ai craqué. Après avoir poussé une énième gueulante pour te demander le silence, lassée de te voir utiliser ton portable alors que je te l’avais interdit, énervée par tes remarques imbéciles , j’ai claqué la porte de ma salle et je t’ai laissé. Évidemment je suis revenue le lendemain t’expliquant que je suis épuisée, que tu pourrais y mettre du tien (parce que soit disant tu m’aimes bien), t’exhortant, toi et les tiens, de bien vouloir me ménager. Tu m’as regardé avec pitié et promis de rétablir l’ordre.
Il y a une semaine de cela, j’ai chialé. De rage de voir que mes avertissements n’avaient servi à rien, réalisant que ton jeune âge te rendait bien con et que tu ne mesurais pas la lourdeur de la tâche d’enseignant. Je t’ai hurlé ma frustration de devoir gérer de très bons élèves qui parlent parce que, soit disant, ils s’emmerdent alors que la moitié des exercices ne figurent pas sur leur cahier et des élèves en grande difficulté (j’ai dû mal à dire très mauvais) qui parlent parce qu’ils sont persuadés que la compréhension du cours est hors de leur portée.
Hier, je me suis assise à mon bureau et j’ai regardé. J’ai vu des élèves qui discutaient, comme à la récréation, des soirées qu’ils allaient faire pendant le carnaval, un élève qui mangeait « discrètement » son sandwich alors que le papier était visible à côté de son sac, des garçons qui parlaient filles, des filles qui zieutaient des garçons à travers la fenêtre, une élève couchée sur la table, une autre qui tentait de suivre le cours, une gomme voler dans les mains d’un camarade et des amoureux qui se lovaient dans les bras l’un de l’autre.
J’ai réalisé à cet instant que tu n’en avais RAF de moi. Des heures que je prends pour préparer mes devoirs, des nuits blanches que je passe à corriger tes copies, des week-ends qui n’en sont pas tant j’ai des obligations familiales à gérer, des remises en question à chaque fois que la séance est peu productive, des réunions pour défendre notre outil de travail…de mes problèmes personnels.
J’ai toujours eu un certain mépris pour ces collègues qui s’investissent peu (un devoir par trimestre et le même que les années précédentes, photocopie systématique des cours, programme bâclé… ) mais je réalise que face à l’obligation de garder tous les élèves en classe et SANS AUCUNE EXIGENCE de matériel, de politesse, de travail et de respect, je me rangerai à partir d’aujourd’hui du côté des glandeurs.

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réactions

Commentaires (11)

  1. Frédérique

    Ah, la, la. C’est terrible. On en est tous là (ou las) ou presque. Si ça peut te rassurer tu n’es pas seule dans cette situation (malheureusement), perso, j’ai pleuré devant eux au 1er trimestre. Et j’en arrive à la même conclusion que toi. »On » va finir par nous dégoûter…
    Courage.
    Bises

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    1. Chabeen Dowey (Auteur de l'article)

      Merci beaucoup pour ton message. Je n’arrive pas à croire que nous en sommes arrivées, tout ça pour enseigner notre matière 🙁 Dire qu’il y a des pays où les enfants se battent pour aller à l’école!

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  2. Mamimi

    De tout cœur avec toi…
    Il te faut du repos, du sommeil, penser à toi et à ta magnifique famille.
    Une fois l’excitation du carnaval retombée, certains se remettront au travail . Et je suis sûre que tu sauras faire face. En plus les vacances de Pâques arrivent vite et le mois de mai est un gruyère…
    Alors haut les cœurs… On t’aime….

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    1. Chabeen Dowey (Auteur de l'article)

      Moi aussi je vous aime et sans l’amour de mes proches,je ne tiendrai pas dans ce métier. Merci encore d’être là et de me supporter 🙂

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  3. Jean-luc

    Pov ti chou!
    Dans ces moments difficiles, penses à tous ceux que tu aimes et qui te le rendent bien. Ce sont eux qui sont importants et non ces quelques individus que tu fréquentes de temps en temps pour gagner ton pain quotidien.
    Pliss foss ti mafi

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    1. Chabeen Dowey (Auteur de l'article)

      Je voulais juste gagner leur attention et susciter peut être des vocations mais les élèves sont pour la plupart focalisés sur eux-même et leurs besoins primaires (leur portable!). Merci pour les bonnes vibrations et j’espère à la revoyure 😉

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  4. lacigaleoulafourmi

    Voilà pourquoi je n’ai pas passé le concours malgré les vacances et tout le tralala ^

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    1. Chabeen Dowey (Auteur de l'article)

      Trop souvent je vois des enseignants en difficultés qui arrêtent d’y croire. Les élèves le sentent et s’investissent moins. Pour l’instant, j’allais bosser en me disant que tout comme j’aurais bien aimé que mes enfants aient des profs qui les marquent (dans le bon sens), je voulais moi aussi leur donner le goût du travail…Cette année j’ai échoué :-/

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  5. Mamimi

    Tu ne peux pas dire  » cette année j’ai échoué  » …
    d’abord parce qu’elle n’est pas terminée,
    ensuite tu as des élèves qui ne s’expriment pas mais qui ont aussi du mal à supporter leurs camarades et qui t’apprécient
    et enfin parmi les emmerdeurs, il y a ceux qui regrettent leur comportement mais n’osent pas devant leurs camarades se tenir correctement. Tu les retrouves par la suite qui te font des grandes déclarations d’amour et qui s’excusent.
    Donc tu as sans aucun doute réussi mais tu ne le sais pas encore….

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    1. Chabeen Dowey (Auteur de l'article)

      😀 c’est l’expérience qui parle là! J’espère, plus que tout, remonter cette mauvaise pente mais d’abord je dois soigner mes blessures. Merci ^_^

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  6. Pingback: Lâche éprise – Cher élève d'une certaine classe

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