Journal d’une dégonflée

Cher élève d’une certaine classe,

Nous sommes vendredi, la rentrée est dans 3 jours et je ne suis pas sereine. Pas par peur de m’infecter les doigts en rédigeant mes cours pour une n-ième classe virtuelle qui comptera 7 élèves sur 28 mais qui me demande une plombe en préparation entre conversion en format PDF, captures d’écran, livres virtuels et organisation sur mon ordinateur. Mais la dernière s’est mal passée avec des INI-tiles( Individus Non Identifiés) qui se sont amusés à m’interpeller par mon prénom et à diffuser des audios de mauvais goût pendant mon cours.

Ce qui me prenait 1 minute à écrire sur un tableau blanc se transforme désormais en séance de torture LaTex (non, je ne fais pas l’amour à ma machine !). Rien que pour retranscrire une interrogation écrite sur le site Quizinière, j’ai dû m’y reprendre à 3 jours entre mon ordinateur qui lâche, mes yeux fatigués de tester le devoir en ligne et mes enfants qui me réclament de l’attention.

Je ne te parle pas de celle qui consiste à mettre ton petit dans un parc et à jeter un œil toutes les 30 minutes pour voir s’il fait ses premiers pas…Que nenni ! Celle où je frémis chaque fois que je n’entends plus rien au bout de 5 minutes parce que la dernière fois, j’ai trouvé mon mini-cascadeur perché sur une chaise en train d’escalader les étagères de la penderie pour aller récupérer l’avion que j’avais eu le malheur de lui confisquer. De la vraie dévotion, quoi !

Tu pourrais penser qu’avec la plus grande, ce serait plus cool mais vu qu’elle a réussi à contourner le contrôle parental de sa Switch au bout de 2 jours de confinement, je ne peux me permettre de la laisser seule avec un appareil électronique, pour quelque raison de continuité pédagogique invoquée. Ses profs de collège sont même arrivés à me mettre la pression avec tout le travail qu’ils donnent ; ils font plein de projets virtuels en utilisant des logiciels dont je n’ai jamais entendu parler mais dont les tutos cumulés équivalent à la première saison de « Casa de papel ».

Et pour finir, il y a la fameuse décision de reprendre progressivement l’école le 11 mai, soi-disant pour réduire la fracture sociale alors que la seule fracture qui s’aggrave depuis des années se situe entre l’implication de la vaste majorité du personnel et le ministère qui nous considère comme une gigantesque garderie. D’ici la fin de l’année,  ton 6 de moyenne générale pour le 1er semestre se verra bonifié, tel un bon vin, de  2 points afin de te permettre d’être à l’oral et par un tour de magie que nous appliquons chaque année, tu auras ton bac.

Comme ce gouvernement annule toute manifestation jusqu’à mi-juillet, ferme les cinémas, les hôtels, les restaurants et (roulement de tambour!) les universités mais veut tout de même que je reprenne le travail sans garantir ma sécurité et celles des personnes à risque de mon entourage, je vais rester à la maison et faire le pneu : dégonflée mais pas crevée.

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