Parasite

Cher élève d’une certaine classe,

Une fois que les choses reviendront à la normale, tu apprendras au cours de ta vie que la pire torture qu’on peut infliger à un être humain n’est pas la fermeture du Mac Do ou l’absence de moitié pour la Saint-Valentin mais bien le manque de sommeil. C’est apparemment ce mal qui touche une infirmière dont l’opinion sur la fermeture des écoles s’est faite connaître il y a quelques heures sur les réseaux sociaux. Je pensais, en ces temps de confinement, que les humains devaient partager l’espoir, la bienveillance et les ondes positives mais apparemment sa hache de guerre est déterrée.

Au début du confinement, j’avais eu une lueur d’espoir en regardant les vidéos humoristiques sur ces parents qui réalisaient qu’enseigner était un VRAI métier et que capter l’attention de 30 gamins relevait plus de  super compétences développées par le TRAVAIL que de tours de magie inlassablement répétés et servis chaque année aux différentes classes. Je jubilais presque en lisant les articles d’adultes faisant leur mea culpa, réalisant que l’attitude que nous décrivions dans les bulletins ou dans le carnet de correspondance correspondait à la réalité, et non pas une vendetta imaginaire contre leur progéniture que nous aurions prise en grippe… Mais ça n’a pas duré.

Après quelques semaines, nous avons eu des plaintes de parents concernant la quantité de travail, le manque de concertation entre collègues; nous avons aussi été accusés d’accroître le stress des enfants et les violences familiales pour des parents qui n’auraient ni la patience ni l’envie d’accompagner leurs bambins. On nous a reproché un manque d’humanité quand nous évaluions les élèves sur des supports numériques sans savoir si tous avaient accès à Internet ; après un recensement obligatoire pour toutes les classes, nous avions pourtant signalé au début de l’année à l’assistante sociale tous les dossiers qui nécessitaient une aide financière. Il en était de même pour les accès aux différentes plateformes officielles que nous avions distribué à tous (COLIBRI, Pronote, ENT)…Cependant nous n’en avons pas fait assez.

Voilà qu’aujourd’hui cette dame se permet de nous juger (fainéants), de nous donner des leçons de créativité pour reprendre les cours et nous exhorte à mériter notre salaire ! Je comprends qu’elle pète un câble à force de travailler dans des conditions catastrophiques, au contact parfois d’une maladie dont nous savons si peu mais je voudrais rappeler à cette soignante que nous avons, avant tout, suivi SES instructions ; face au manque de masques de protection, de gel hydroalcoolique, de blouses, de gants…ELLE qui nous suppliait sur tous les supports télévisés de rester chez nous parce qu’il n’y aurait pas assez de lits pour nous soigner si nous étions infectés, qu’elle ne voulait plus que le virus circule parce que cela allait accroître sa charge de travail. Maintenant que la courbe semble s’être stabilisée, il faudrait que la psychose s’arrête, que nous nous réinventions créateurs de blouse, dénicheurs de matériel de protection pour  justifier nos rémunérations. Nous ne sommes pas dans un épisode de « Projet Haute Couture », Manzelle a fumé !

Depuis le début du confinement, je ne bénéficie d’aucun remerciement à 20h pour le travail accompli, d’aucun élan de solidarité pour me livrer des repas, d’aucun gel pour les mains, d’aucun séjour pour me détendre et je ne m’en plains pas. Contrairement à sa profession qui peut bénéficier d’un système de garde pour enfants, j’ai les miens bien à côté de moi quand je dois télé-travailler ou  préparer mes cours, je ne connais aucune pause (week-end et vacances incluses) dans mes nombreuses tâches de maman-épouse-cuisinière-psychologue-infirmière et je dois encore une fois composer avec le mépris habituel des aigris que je n’ai plus d’obligation à me rendre sur mon lieu de travail (le concours est plus que jamais ouvert !!!!).

J’ai un profond respect pour ces personnes qui doivent aller travailler en ce moment que ce soit pour aider notre population à faire face à cette pandémie, pour être payé, pour sauver leurs entreprises ou pour avoir à manger dans leurs assiettes. Toutefois je ne vais pas me transformer en Mac Guyver pour continuer à les classes virtuelles ET travailler en présentiel avec des lycéens sur la base du volontariat, sans garantie sanitaire, sans test au préalable, juste pour le plaisir de me voir pointer alors que c’est la cueillette des fraises !

Je continuerai à être disponible, inventive pour mes élèves à tout moment de la semaine et je continuerai à protéger ma famille en restant chez moi. L’avenir de nos enfants n’a jamais été entre les mains d’une poignée de professeurs mais a toujours été dans le respect, la bienveillance et l’amour des personnes qui les ont mis au monde.

Chabeen Dowey, professeure qui ne supporte plus les dérapages des méchants.

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