Une rentrée pas comme les autres

Hijack Art.

Cher élève d’une certaine classe,

J’ai l’impression que la dernière fois où je t’ai écrit remonte à la dernière intervention du  ministre nous annonçant une hausse de salaire, c’est dire si cela fait une éternité. C’est en partie dû au fait que mes journées de travail sont plutôt longues et que ma vie de famille me pompe le reste d’énergie pas encore captée en échanges avec l’administration; rien qu’en e-mails, lecture de protocoles, autoformation pour faire du présentiel et du distanciel, remplissage du cahier de textes et préparation de cours, je ressemble, d’après mon mari, davantage à une étudiante en  première année de médecine qu’à une enseignante occupée à faire ses « 18h ».

Sentant l’hécatombe des arrêts maladie, le Rectorat nous a même ouvert des groupes de parole pour que nous puissions comparer les poches sous nos yeux et que nous nous motivions à bosser avec des classes surchargées, un masque en tissu qui nous étouffe et une réforme que personne ne s’est abaissée à nous expliquer.  Peut-être qu’après le coronavirus et la dengue, serons nous frappés d’une réunionite aiguë avec nos inspecteurs d’ici le second trimestre pour nous expliquer comment préparer les EC et le « Grand Oral » qui correspond, selon moi, plus à un concours d’éloquence qu’à la vérification que les notions enseignées ont bien été assimilées. Te dire si je pense que mon travail est valorisé !

Même si la « Fashion Week » bat son plein dans le monde, je peux t’assurer que le style ne fait pas partie des critères de recrutement de l’Éducation Nationale. Avec mon sac de classe, mon ordinateur, ma gourde d’eau et mon sac à main, je ressemblais déjà à une stagiaire Décathlon occupée à ranger en rayon les vêtements abandonnés aux essayages  pendant les soldes mais désormais affublée de  mon pistolet à gel hydroalcoolique et de mon paquet de lingettes antibactériennes, je relève plus de la technicienne de surface ayant une spécialisation en fauves en tout genre.

Maintenant que je t’ai expliqué un peu ma situation, j’espère que tu comprendras pourquoi les corrections se font longues et ma voix est un peu éraillée. Je me félicite de te reconnaître en dépit du masque et de me souvenir de ton prénom malgré toutes les similitudes du genre  « Assiha, Alie-Sah, Aliscia,Hanyssia … » dans la même classe. Alors endure que j’oublie de te joindre systématiquement la capture des exercices à faire pour le prochain cours ; si je n’ai toujours pas reçu mon spécimen commandé en juillet, j’imagine sans problème que la livraison de tes manuels a été retardée.

Réjouis-toi de savoir que le CDI possède TOUS les ouvrages en vigueur pour cette année scolaire et vas-y, sans attendre, cueillir l’information… Comme dirait mon maître, le poil qui est dans ta main tu n’uses que si, de ta faculté d’adaptation, tu te sers.

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