Ma liberté de panser

Cher élève d’une certaine classe,

Je devrais commencer ma lettre avec mes traditionnels vœux de réussite dans les études, de sagesse et surtout de santé mais cette année le cœur n’y est vraiment pas. Nous avons fini l’année 2014 avec un fait divers qui m’a glacé le sang et profondément touché : la disparition suivie du meurtre d’une enseignante dans des conditions assez troubles. Cette semaine-là, j’étais Francette, une enseignante impliquée, une grand-mère pleine de joie et de gaité.

Puis les vacances de Noël sont arrivées, soit disant reposantes, à coup sûr une ruine pour mon porte-monnaie. Une fois finies, nous sommes revenus sur les bancs de l’école ; toi avec un portable plus grand, moi avec une motivation en berne. Mercredi 7 janvier 2015, j’allume mon téléviseur et je découvre avec horreur l’attentat au siège de Charlie Hebdo. Mon cœur a flanché et mes larmes ont coulé. J’ai pensé aux victimes d’attentat d’ici ou bien d’ailleurs, aux personnes tuées sous les balles sans trop savoir pourquoi, à tous ces gens qui ne fêteront plus la nouvelle année, qui laisseront un grand vide pour leurs proches.

Comment trouver une explication logique entre des caricatures (des dessins faits avec un crayon) qui ont choqué et l’assassinat méthodique de 17 personnes (avec des armes de guerre quoi !) perpétré par ces terroristes ? Les jours qui ont suivi, j’étais Charlie, une dessinatrice irrévérencieuse par moment, pleine d’humour, libre de dire des conneries. Parce que des cons, il en faut : pour tirer des leçons de nos épreuves,  dégager l’essentiel, prendre conscience de la fragilité et de la beauté de la vie. Un peu comme une coupure générale d’électricité qui nous laisserait apercevoir à nouveau les lucioles et la beauté d’une nuit étoilée.

J’avoue avoir été blessée par ton étonnement quand on a fait une minute de silence pour les victimes de cet attentat ; « ils l’avaient bien cherché, ces fouteurs de merde » m’as-tu rétorqué. Je te rappelle que nous sommes dans un pays libre, que tu peux exprimer ton mécontentement dans les urnes (quand tu auras un peu plus de poil au menton), par des écrits, par des prises de position ou bien par  ton engagement. Pas en te cachant derrière ton écran d’ordinateur avec ton pseudo Pikafion972 à donner des conseils dépourvus de nuances et de vécu. Arrête donc de faire grève par procuration, de me sortir ta pétition contre la suppression de tes grandes vacances et de me bassiner avec ta théorie du genre.

Je ne prétends pas être meilleure qu’un autre et je ne souhaite pas faire de leçons de morale. Je pense juste que le temps des comparaisons (nombre de morts, atrocité des exactions…) est révolu et que nous gagnerons à être convaincus que chaque vie a de la valeur et que la compassion au malheur d’autrui doit être universelle.

L’existence a cette merveilleuse faculté de continuer malgré tout, tu t’en es déjà rendu compte à la mort de ton camarade. Alors ce sera sans grande surprise que nous nous retrouverons le mois prochain dans nos habits de lumière. Je serai Violetta, apprentie chanteuse exprimant mon amour pour les « manman » et récitant par cœur mon ABCdaire. Toi, tu seras la p’tite cousine de Jamel, Agathe…ben oui, Agathe DEBLOUZE !

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